Éditorial par la Directrice artistique

Els Celis

Directrice artistique

Introduction aux concerts

À travers les âges, la vie culturelle et les artistes qui l’incarnent ont dû faire face à nombre d’événements subis, de catastrophes et de remises en question qui a priori auraient pu leur porter un coup sévère, sinon fatal. 2020 et la pandémie de le Covid-19 font pleinement partie de ces moments de doute extrême qui font craindre à tous de basculer dans le néant. Aujourd’hui, alors que se profile la prochaine édition, nous ne pouvons raisonnablement affirmer maîtriser tous les paramètres qui permettront à la musique de reprendre son envol et de réjouir nos coeurs. Mais nous restons optimistes, convaincus qu’il faut donner du relief à une saison qui sera aussi celle des 50 ans des Festivals de Wallonie.

Pour mener à bien cette noble entreprise, nous nous sommes tout d’abord entourés de fortes personnalités qui elles-mêmes, et à des titres divers, ont pu forcer le destin et marquer leur époque à travers nombre de vicissitudes. C’est le cas de Ludwig van Beethoven, incontestablement, qui a héroïquement triomphé d’une surdité précoce et rédhibitoire pour coucher sur le papier d’immortels chefs d’oeuvre. C’est le cas aussi de Purcell et de Mozart, tous deux fauchés par la mort dans la fleur de l’âge. Le talent du premier a pourtant irradié sur l’Angleterre de la Restauration, notamment à travers des œuvres scéniques pleines de magie et de personnages truculents qui seront évoquées tout particulièrement à destination
des jeunes oreilles à travers le spectacle « Hush ! ». Le génie du second lui a permis d’incarner l’excellence du classicisme viennois dans une palette très large de sentiments allant de l’élégante conversation mondaine au tragique intense de son Requiem.

À côté de telles personnalités, la muse, à la fois confidente et inspiratrice, joue souvent un rôle essentiel. C’est le cas de Misia Sert, qui régna à sa manière sur un monde musical parisien qui comptait alors dans ses rangs Fauré, Satie, Ravel, Debussy et Stravinsky, rien que cela… À découvrir en compagnie de l’actrice Julie Depardieu.

Joseph Haydn et Camille Saint-Saëns incarnent un autre type de destin, certes plus serein, moins contrarié, mais néanmoins partiellement entravé par leur voisinage avec des personnalités plus spectaculaires et rayonnantes, au point de voir leur apport à l’histoire de la musique souvent sous-estimé par la postérité. Le premier incarne pourtant la perfection formelle de nombre de formes classiques incontournables (la symphonie, le quatuor à cordes, la sonate pour piano). Le récital du 18 juillet devrait agir comme une salvatrice « piqûre de rappel » à cet égard ! Quant au second, nous avons tous en mémoire l’un ou l’autre thème célèbre ou oeuvre emblématique sans pour autant avoir une vision d’ensemble qui permette d’appréhender son oeuvre à sa juste valeur. Le spectacle « à l’ombre de Saint-Saëns », produit tout spécialement par les Festivals de Wallonie à l’occasion du centenaire de la mort du compositeur, remettra à coup sûr bien des idées en place !

Enfin, la musique baroque permet de goûter au plaisir de la musique avec une saine énergie et un sens souverain de l’expression des sentiments.

Une thématique placée sous le signe de la fête et du bonheur peut paraître aujourd’hui un peu hors de propos. Nous y avons vu au contraire l’occasion de réaffirmer l’absolue nécessité d’aller de l’avant avec une volonté farouche et de décréter collectivement que notre destin se situe au-delà de l’horizon de l’actuelle pandémie. Parce qu’il faut soutenir nos artistes, parce que la musique est essentielle à l’épanouissement de l’être humain, et parce que la rencontre autour de l’art est indispensable pour donner un sens à nos vies.