Quelques poèmes ...
Les oiseaux ne volent plus
Les oiseaux ne volent plus
Dans les arbres de l’hiver
Les fleurs ne poussent plus
Au flanc des coteaux verts
Les pins se penchent
Et regardent la mer
Dans mon âme se battent
Des spadassins errants
Des capitaines morts
Loin de leur bâtiment
Des yeux éteints
Comme d’anciens volcans
On tricote les jours
Comme une vieille horloge
On cuit le pain au four
On mange où l’on se loge
Le glas résonne
Comme coq en basse-cour
Un bateau est parti emportant ma colombe
Et il n’y a plus ici que de l’ombreJe chante pour vous
Je chante pour vous ne vous en déplaise
Malgré les embruns l’orage et le vent
Sur toutes les routes même quand il grêle
Je conduis mes pas jusqu’au bout du temps(Refrain)
Pour finir ce jeu faudrait que j’en crève
Le fil est fragile s’il se rompt un jour
Vous saurez alors que je fais la grève
Que le cercle est clos de tous mes amoursJe chante pour vous des chansons bien tendres
Demoiselles douces au long cou tout blanc
Et pour vous aussi enfants de septembre
Quand vous rebroussez les chemins et les champsJe chante pur vous belles et moins belles
Jeunesses et vieilles et vieux amis
Tant qu’les pauvres hommes auront des oreilles
J’exorciserai les démons de la nuitJe chante pour vous faire un point d’orgue
Arrêter le temps suspendre son vol
Même si partout tout n’est que désordre Tenter conjurer le sortLe voyageur
Le voyageur est coiffé de lune
Et habillé d’étoiles
Il n’a pas ici-bas de cité permanente
Nomade, gitan, bohémien
« Baraqui » de l’existence
Il vogue entre les deux eaux des rencontres
Il remonte le cours des ans
Dans le kaléidoscope des visages
Il attrape au passage un regard
Qu’il garde comme un trésor
Le voyageur est sans bagage
Un soir ici, un jour là-bas
Il n’a pas le temps d’attacher
Un arbre à son service
Mais toutes les forêts sont à lui
Le voyageur va plus profond
Comme un laboureur tourne en rond
Sur une terre un peu trop dure
Il s’enracine dans le vent
Comme ceux qui font des courses
Et mangent l’air avec leurs dents
Le voyageur est dans l’espace
Un grain de sable qui de déplace
Et qui connaît avec la nuit
La patience des galaxies
Le voyageur vous dit : « Bonsoir »
Et tout à l’heure déjà repartSi l’on me donnait un vaste territoire chauve
Si l’on me donnait un vaste territoire chauve, je planterais tant que le jour est long des arbres. A la fin de ma vie, le serais le père d’une forêt.
Je rêve d’un concert
Je rêve d’un concert
Que je donnerais
Où je pourrais me taire
Pendant deux heures
Et que personne ne d’ennuieJe rêve de me taire
Et de passer mon temps
A vous écouter vous raconter
Je rêve de n’avoir plus rien à direJe rêve de passer mon temps à me taire
Je rêve d’avoir le temps
D’embarrasser tendrement
Chacune des jeunes filles
Et des femmes qui m’écoutent ce soirJe rêve de passer ma vie
A aller rendre visite à tout un chacun
Chez lui, à l’écouterJe rêve de m’asseoir dans les fauteuils
De tout le mondeNous sommes 200 millions de francophones
Nous sommes 200 millions de francophones dans le monde :
on parle français au Québec, à Rebecq, à Flobecq, à Tahiti, à Haïti,
au Burundi au Togo, au Congo,
à Bamako, à Madagascar, à Dakar,
en Côte d’Ivoire, en Haute Volta,
à Brazza, en Rwanda, en Guyane,
à la Guadeloupe, au Sénégal,
à la Martinique, à Saint Pierre et
Miquelon, au Gabon, en Nouvelle
Calédonie, en Tunisie, au Liban,
dans les Nouvelles Hébrides, dans
l’île de la Désirade, dans l’île de la
Marie Galante, dans l’île Maurice,
au Cameroun, en France,
à Gérompont-Petit-Rosières,
à Sorinne-la-Longue,
à Tourinnes-la-Grosse,
à Jandrain-Jandrenouille,
on parle français
à Pondichery dans les Indes,
en Louisiane,
à Matagne, dans les Fagnes ;
les indiens algonquins de l’Etat de New York
parlent français et les gros ventres du
Montana également :
nous sommes en tout 200 millions de
francophones dans le monde.
Voila pouqwè « No ston firs d'yesse wallons »Le violoneux
Le violoneux le soir sur le perron au milieu des poules de la ferme, jouant ses rapsodies intérieures. La paysanne qui ramasse la salade fraîche dans le jardin parfumé. Ma mère elle-même radieuse dans le paysage vert. Mon grand-père masqué, affairé avec ses mouches à miel. Et toute la maison odoriférante. Et derrière, loin derrière, mon enfance.
Nous sommes les oiseaux d’une île nouvelle
Nous sommes les oiseaux d’une île nouvelle
Tout est toujours à recommencer
Nous allons créer d’autres cris d’oiseaux
Tout est toujours à recommencerNous allons créer des fontaines
Et une eau propre et un ciel clair
Nous allons laver nos yeux et nos larmes
Aux chutes du fleuve Avenir
Tout est toujours à recommencerNous allons escalader les désastres
Pour y planter la vie
Nous allons aller au sommet
De cet Everest de peine
A force de courir, à force de pâlir
A force de nous cogner aux murs
De ce bas monde
Nous déboucherons dans les plaines
De la sagesseEt moi je te hisserai devant moi
Comme la proue d’un vaisseau
En pleine mer démontée
Tout est toujours à recommencer
Sur ma Pompéi ensevelie
J’installerai un nouveau paysEntre toi et moi
Entre toi et moi si tu voulais
Il y aurait quelque chose
Peut-être rien grand-chose
Peut-être pas beaucoup
Peut-être un soleil
Sombrant dans les loins roses
Peut-être une pause
Dans cette vie de fou
Peut-être une pause
Dans cette vie de loupsDes loups y en a plus
En forêt d’Ardenne
Restent des renards
Et des sangliers
Parfois on entend
Quand le soir se traîne
Hululer un hibou
Dans les fonds tout au boutOù sont les chemins
I Peut-être
Où aller ensemble
La feuille du tremble
Se penche sur nous
« Excepté toi et moi
Tous les oiseaux du monde
Ont depuis longtemps
Commencé leur nid »Moi mes chansons elles voyagent
Moi mes chansons elles voyagent
Et s’en vont bien plus loin que moi
Elles connaissent tant de paysages
Pénètrent là où je n’entre pasElles font souvent des confidences
Que je n’entends qu’à demi-mot
Elles partent elles sont en vacances
Je les envie un peu ou tropMoi mes chansons ce n’est plus moi
Et c’est moi qui me reconnais
Ce sont des enfants en voyage
Qui de moi se ressouviendraientL’harmonica
Avec un harmonica et de vieux poèmes dans la mémoire, le voyageur va jusqu’au bout du monde avec moins que rien dans les mains, moins que rien dans les poches.
Sur les ailes du vieux moulin
Sur les ailes du vieux moulin
La mer au lointain qui de balance
Qui danse
Jusqu’aux plages du bout du monde
Le bateau qui revient des Amériques
Et cette fleur fait mon bonheur
Le ruisselet qui passe
Le bateau de papier qu’un enfant lâche
Comme ce bateau des Amériques
Comme la colombe sur le toitEtre heureux à rompre tous les barrages de toutes les tristesses
Le chanteur du silence
C’était le chanteur du silence. Des milliers de personnes venaient se taire avec lui dans d’immenses salles et sortaient deux heures plus tard pénétrées de son silence. Le chanteur silencieux leur avait tellement parlé, tellement dit, en ne disant rien, qu’à la sortie de ce grand spectacle – et en fut-il de plus grands, les spectateurs éclatèrent de joie et s’embarrassèrent. Le chanteur vint alors signer ses disques où ce n’était sur chaque face qu’un enregistrement de 5000 personnes qui se taisaient ensemble face au chanteur qui se taisait encore plus fort. Peut-on se taire davantage que se taire ? Et on entendait en stéréophonie le va-et-vient du silence, la communion silencieuse entre le chanteur et les 5000 personnes de son public, le va-et-vient du silence dans le spectre duquel se cachent toutes les musiques.
Mon métier c’est de vous dire que tout est possible
L’eau est le sourire de la terre, elle appartient à l’univers. Nous sommes menacés dans notre bien le plus précieux : l’eau. Nous voulons la garder fraîche et pure, nous ne voulons pas qu’elle soit vendue. L’eau est gratuite, l’eau est sacrée, elle est nue : c’est pour ça qu’elle a besoin d’être défendue. L’intérêt du plus grand nombre doit prévaloir sur l’intérêt de quelques-uns.
Les vrais amis
Les vrais amis sont comme les arbres
Ils ont hâte de te voir
Mais restent imperturbables
Si tu ne passes pas dire bonsoirMême après une longue absence
Tu peux renouer avec eux
Il n’y a pas d’intermittence
Te revoir les rend heureuxLes vrais amis sont comme les arbres
Plantés très loin ou bien tout près
Sans jalousie et sans alarme
Ils croissent, c’est leur métierLes vrais amis sont comme les arbres
Ils tendent leur bras, ne plient pas
Ils grimpent vers la lumière
C’est ce qui les met en joieLes vrais amis sont comme les arbres
L’univers est dans leur peau
Qu’il fasse pluie, glace ou bourrasque
Ils parfument et tiennent chaudLes vrais amis quand ils trépassent
N’en finissent pas de fleurir
Dans nos mémoires opiniâtres
Même coupés les arbres prientLe wallon c’est le latin venu à pied du fond des âges
Et le wallon, réservoir de mots de la langue française, savoureux et pétillant. Le wallon, ce champagne continuel du langage, cet esprit qui ne se prend jamais au sérieux et que les snobinards de service regardent du haut de leur grandeur avec leur langue pointue et pharmaceutique de discours académique. Si Louis XIV s’était installé à Namur, toute la France parlerait le wallon de Namur. Le français, c’est un patois qui a réussi, qui s’est imposé au « hitparade » des langues et qui, par ailleurs, s’il ne se défend pas, finira par se faire manger par l’anglais. Une chanson, c’est peu de chose mais ça peut y faire pour la langue. Le wallon, c’est « le langage naïf et doux qui nous vient de nos mères, de nos premiers amis du village natal, c’est un langage qui supplée aux lacunes du beau parler et qui a toujours un mot spirituel à mettre là où défaillent les dictionnaires ». Le wallons dans ses différences, c’est l’originalité d’une région qui refuse de mettre l’uniforme, d’être copie conforme, duplicata, c’est « Un certain tour d’esprit aussi ancien que les outils de silex ». Le wallon, c’est le latin venu à pied du fond des âges.
(Les citations sont de Henri Pourrat)
Mon premier voyage (le pays outre-pays)
Mon père m’avait interdit de voyager. Le seul voyage à faire, disait-il, c’est celui de soi-même. Lorsque j’en sus assez sur le voyage de mon sang dans mes veines, sur la palpitante palpitation de mon cœur, il me libéra à regret. Lorsque je revins de mon premier voyage, il s’était absenté pour toujours.
Quand t’est dans un autre pays
T’as l’mal de ton pays
Quand t’es dans ton pays
T’as l’mal encore d’un autre outre-pays
Tu te dis : « Peut-être que mon pays c’est la femme »
Et tu pars pour le pays d’une femme
Et quand tu es dans le pays de la femme
Il arrive un moment où tu t’ennuies dans ce pays
Et tu veux aller dans le pays d’une autre femme
Et tu changes de femme et de paysPuis un beau jour tu te rends compte
Que tu n’es pas bien dans ta peau
Et que ta peau c’est ton premier pays
Celui où tu devrais te sentir bien
Celui qui te permettrait de voyager
Sans réellement changer de pays
Et tu te rends compte que ton mal de pays
C’est le mal de ton pays intérieur
Alors tu te rencontres et à ce moment-là
Tu es bien dans tous les pays
De toutes les femmes
De tous les hommes du mondeLa musique, mes mots et toi
La musique donne des ailes à mes mots
Elle les fait s’envoler comme des oiseaux
Qui se posent sur tes lèvres
Pondus comme des œufs tout chaudsSi mes mots étaient des paquebots
J’aimerais qu’ils traversent la grande eau
Pour te rejoindre et t’éteindre
A Boston ou à Sao PaoloSi mes mots étaient des avions
J’aimerais qu’ils percent le mur du son
Et se posent sur le champ de roses
De ton frontSi mes mots étaient des fils de soie
J’aimerais qu’ils tissent rien que pour toi
Une chemise couleur cerise
Qui te caresserait à chaque pasSi mes mots étaient des manteaux
J’aimerais qu’ils tiennent au chaud
Par quarante ou soixante degrés
Sous zéroMatin de mai
Comment dire mon vague à l’âme
En ce beau matin de mai
Le brouillard doucement surnage
Etirant le paysage au-dessus des présComment dire mélancolie
Quand le cœur est labouré
Quand les portes de la vie
Semblent être referméesSouvenir de beaux visages
A tout jamais éloignés
Eloignés les paysages
Où les fantômes surnagent
Sous des horloges arrêtéesSecret secret parentage
Secrètes affinités
Sans même avoir le même âge
L’entier et le grand partage
Que le temps gomme et défaitLe train des amours s’éloigne
Un bras s’agite et paraît
En place la secrète lame
Qui patiente taraude l’âme
Jusqu’à plus jamaisDes toujours et des peut-être
Dans le beau temps du mois de mai
Fais ce qu’il te plaît pour naître
Car à force de disparaître
Ta présence est décupléeLe préposé à l’attente
Suppose toujours que rentre
Par hasard un matinet
Une matineuse belle
Qui arrive et qui l’éveille
Avec ses doigts de soleilHorloge des espérances
Tes rouages sont compliqués
Pourquoi souligner l’absence
En poussant tes heures lentes
Dans le trou béant du passéLa dormeuse dans sa chambre
N’entend plus la voix du clocher
Un sommeil profond la hante
Mange les heures étranges
Coupe en tranches le passéJe suis venu avec mes petites chansons
Je suis venu avec mes petites chansons
Du fond de ma province
Il pleuvait à dique et à daque
Sur les chemins de chez nous
La pluie est la prêtresse de mon pays
Ce n’est pas neige qui règne
Mais c’est pluie et bruine et brouillard
Il brumasse
Parfois passent dans le soir
Des créatures de belle montrance
Dans un friselis de frousfrousA chaque printemps
A chaque printemps
Les arbres inventent leurs fruits
Les hommes inventent des armes
Machines à désinventer
A désenfanter
A déplanter de ce monde
Pour l’éternité
Or chaque homme sur terre
Devrait pouvoir aller
Jusqu’au bout du monde
Qu’il est seul à pouvoir enfanter
Chaque homme
Que l’on tue
Entraîne son secret
Dans l’ombre
Et l’obscurité se fait plus profonde
Pour l’humanitéDans leur ventre
Les femmes
Inventent des enfants
Qu’en elles
Sèment
Des hommes
Qui les aiment pourtant
Et ces mêmes semeurs
Se font aussi tueurs
Des enfants qu’ils semèrent hier…
Celui qui verra clair
Dans ces façons de semer à l’envers
De semer pour le plaisir
De désensemencer
Celui-là devrait m’expliquer
La logique implacable
De l’humanitéLes moments forts
Les moments forts sont imprimés
A même l’âme pour l’éternité
Dans mon cœur c’est toujours l’été
Même si l’automne est arrivé
Est arrivéMême si le dos tourné
Vus marchez sans vous retourner
Vers ces pays où je n’irai plus jamais
Plus jamaisIl est un beau pays en moi
Où vous dormez dedans mes bars
Celui-là ne s’effacera
Pas de la carte de mes doigts
De mes doigtsJ’ai connu le parfum des roses
L’épine aujourd’hui propose
Sa morsure aux gens et aux choses
C’est ainsi que les jeux sont faits
Les jeux sont faitsL’hirondelle, c’est écrit aussi
Aux premiers froids s’envole et fuit
Je ne peux plus vous retenir
Quelqu’un vous tire
Un avion vire, vers l’infiniJe n’étais qu’un passager
Clandestin dans le long courrier
Qui vous menait au bout de vous
Et de retour sur cette terre
J’ai repris le sentier d’hier
A la rencontre du vent fou
Du vent fouQuand vous serez au milieu de la grande vie paysanne
Quand vous serez au milieu de la grande vie paysanne, au milieu d’un champ dans les loins ou au cœur d’une forêt en automne, vous comprendrez qu’il y a loin de vous au cœur du monde, qu’il y a loin de votre coupe aux lèvres de l’éternel, et vous écouterez bruire l’automne et vous entendrez les feuilles tomber de vos arbres intérieurs, vous entendrez la voix de la terre et le présent vous sautera aux yeux comme un écureuil qui plonge sur l’arbre de la vie. Croyez en l’extase des nuages qui traversent les grands horizons, au petiot vent du soir au coeur de l’été chaud, croyez à la douceur d’une amitié ou d’un amour, à la main qui serre votre main car demain - mais n’y pensez pas – demain éclateront peut-être les nuages et l’orage emportera vos amours… Tenez-les serrés, ne vous endormez pas sur un reproche non formulé, endormez-vous réconciliés, vivez le peu que vous vivez dans la clarté.
Mon terroir c’est les galaxies
Mon terroir c’est les galaxies
La vie est courte compagnon
L’ici-bas n’est pas notre vraie maisonNotre corps est outil et véhicule
Sitôt qu’il sera à la ferraille
Ne restera vivant que notre espritEn attendant, mortel mon frère
Soigne ton corps afin qu’il te conduise
Au plus loin qu’il est en possible
Au bout de cette galaxies
Que tu es sans le savoir
Ô ignare mortellement ignorant
Du sens du courant
De ton fleuve intérieur