Historique par Partick Nothomb

Historique par Partick Nothomb

Des lieux de diffusion : les festivals.

LE ROYAL JUILLET MUSICAL DE SAINT-HUBERT

« Royal » par l’ancienneté et la qualité.

Par Patrick Nothomb.

1958 fut une année grandiose pour la capitale de la Belgique : Bruxelles entama en effet au début de cette année-là sa carrière de capitale de l’Europe ; et d’avril à octobre, elle accueillit la première Exposition universelle de l’après-guerre.

Désireux dans ces circonstances de faire participer le reste du territoire belge aux fastes de la capitale, un comité national remarquablement inspiré décida de fournir à toutes les provinces de notre pays des moyens financiers destinés à mettre sur pied des activités culturelles locales.

Et c’est ainsi que fut créé, sous la Présidence de Paul Pierret, juge de paix à La Roche-en-Ardenne, le Festival du Juillet Musical de Saint-Hubert, dont le quartier général sera installé dans le superbe palais abbatial de cette dernière ville.

Comment se fait-il qu’un festival créé sur une base provinciale ait été confié à un magistrat ? C’est que Paul Pierret (1917-2002) était un personnage extraordinaire, au dynamisme hors du commun : docteur en droit et magistrat, il fonde un cercle de théâtre pendant ses études à l’Université catholique de Louvain ; il crée en 1954 et préside jusqu’en 1970 un office provincial d’artisanat d’art ; il sera à la fois organiste, compositeur, organisateur d’expositions artistiques, professeur de droit, dramaturge, nouvelliste, journaliste, conférencier. Il est déjà en 1958 une référence en matière culturelle. Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin : il fonde en 1959 et préside jusqu’en 1970 le Centre d’action culturelle de la province du Luxembourg ; il est en 1960 le président-fondateur d’un cours international pour pianistes qui se muera par la suite en Académie d’été de Wallonie. Et ce n’est là qu’une partie de ses créations ! Comment choisir une autre personnalité que cet homme étonnant et charismatique pour présider le Festival provincial naissant ?

Les premières manifestations du Juillet Musical datent de 1958 : concert de l’ensemble « Musica Viva » et récitals d’orgue. Le Festival prospéra très vite. En témoignent deux événements : en juillet 1967, la reine Fabiola rehausse de sa présence un de ses concerts ; et en 1972, lors de la création du Festival de Wallonie, le Juillet musical devient, au sein de cette organisation prestigieuse, le représentant de la Province de Luxembourg.

En 2015, après un mandat très fructueux à la présidence, le Gouverneur de la province de Liège, Michel Foret, passe le relais au Gouverneur de la province de Namur. Le Festival de Wallonie chapeaute le Festival Musiq3 et six régionaux: deux en province de Liège (Festival de Liège et Festival de Stavelot) et un dans chacune des autres provinces wallonnes (Festival de Namur, Festival de Wallonie-Hainaut, Festival du Brabant wallon et Juillet Musical de Saint-Hubert). Il bénéficie du soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Région de Bruxelles-Capitale, de la Banque nationale, de la Loterie nationale et de nombreux sponsors privés. Ces fonds lui permettent de contribuer financièrement aux budgets des six festivals provinciaux.

Le Festival de Wallonie fixe chaque année un thème général assez large pour l’ensemble des sept festivals (exemples : en 2009 : Britannia ; en 2010 : la Wallonie ; en 2011 : la Jeunesse ; en 2012 : Les Espagnes, en 2013 : Rêveries, passions ; en 2014 : Le Danube, en 2015 : Pouvoirs et musique et en 2016 : Orient/Occident). Il propose chaque année aux sept festivals d’inscrire à leur programme un ou deux concerts communs : ce qu’on appelle les « concerts transversaux », qui créent des liens entre les festivals tout en réduisant leurs frais de cachets.

Invités d’honneur : Fabrizio Cassol, Patrick Davin, Julos Beaucarne, Lorenzo Gatto, Fazil Say…

Ambassadeur musical de la province tout entière, si les concerts d’ouverture du Juillet Musical se donnent chaque année dans la Basilique de Saint-Hubert, ses autres manifestations ont régulièrement pour décor l’église de Saint-Gilles à Saint-Hubert et celle de Saint-Remacle à Marche, ainsi que les églises de Nassogne, Lavacherie, Libin, La Roche-en-Ardenne, le Centre Culturel de Libramont et la Ferme de Chirmont à St-Hubert ; et occasionnellement les églises de Bastogne, Bertrix, Bouillon, Chassepierre, Florenville, Hotton, Izel, Jamoigne, Mont-le-Ban, Hatrival, Neufchâteau, Redu, Vielsam, Virton, Waha,…

Aux programmes extrêmement variés du Juillet musical figurent des orchestres symphoniques, des choeurs et chorales, des orchestres de musique ancienne ou baroque, des ensembles de musique de chambre, des récitals d’orgue, de clavecin, de piano, des concerts de musique folklorique, de negro spirituals, de jazz, de trompes de chasse, de cornemuses, de percussions, et même un orchestre d’enfants et un récital de chansons françaises. Longue et impressionnante est la liste des solistes (violon, alto, violoncelle, contrebasse, guitare, clarinette, basson, saxophone, flûte, hautbois, trompette, cor, trombone, tuba, piano, clavecin, orgue, percussion, accordéon) qui s’y sont produits, tout comme quelque 75 cantatrices et 80 chanteurs de renom. Le Festival accueille des artistes de nationalités multiples -sans oublier les Belges, tant wallons que flamands- et les talents de la province du Luxembourg.

Le Juillet musical n’oublie pas les jeunes artistes. Depuis 2004, il a multiplié des initiatives en leur faveur. Depuis 2004 en effet, le Juillet musical inscrit à son programme, en plus des dix grands concerts annuels, des concerts « coup de coeur » (deux en 2004 et quatre chaque année depuis 2005) permettant à des jeunes artistes prometteurs (de la province de Luxembourg, d’autres régions de Belgique et de pays étrangers) de se produire en public. Ces concerts ont lieu à Arlon, Awenne, Arville, Smuid, Mirwart, Hatrival, Forrières,… Depuis 2005, il met également chaque année sur pied, en collaboration avec les académies de musique de la province et à tour de rôle dans chacune des villes abritant une de ces académies, un « Festival des Jeunes » offrant la possibilité aux meilleurs élèves desdits établissements de se présenter en solistes. Pour la première fois en 2013, le Juillet Musical a organisé une « Master Class »

Quelque 4.000 spectateurs (résidents de la Province et vacanciers) assistent chaque année aux concerts du Juillet musical. Ce public, dont la majorité a plus de 40 ans, s’avère d’une fidélité absolue. Le Juillet musical s’efforce de conquérir également un public plus jeune. Depuis 2010, il programme également un spectacle pour enfants. Il convient ici de mettre en exergue le chiffre record de participation au festival, atteint en 2011, qui est de 4582 personnes.

Signalons que le Juillet musical participe aux opérations des « cellules article 27 » qui permettent à des personnes économiquement démunies d’assister à ses concerts pour une somme extrêmement modique. Depuis 2010, il organise un concert dans un home pour personnes âgées.

A noter que le Juillet musical a organisé un ou plusieurs concerts dans le cadre des quatre derniers Festivals Europalia (Italie 2003, Russie 2005, Europe 2007 et Chine 2009), permettant ainsi à la Province du Luxembourg de devenir un partenaire de ces évènements qui constituent pour la Belgique un fleuron de tout premier ordre. Le Juillet musical a également établi un partenariat avec le Festival de Wiltz.

Nombreuses sont les personnalités qui apportent leur concours, aussi efficace que désintéressé, à l’organisation des Juillets musicaux.

Le conseil d’administration du Juillet musical se compose d’une trentaine de personnes, dont un Président, deux vice-présidents, un administrateur délégué, un secrétaire, un trésorier (le budget du Juillet musical est généralement en équilibre ou en léger boni), un coordinateur et le conseiller artistique du Festival.

Ce dernier, chargé de l’élaboration des programmes, est assisté par un comité de programmation composé d’une dizaine d’administrateurs, qui l’aident à sélectionner les artistes à approcher. Une fois ces artistes choisis, le conseiller artistique les contacte, négocie avec eux le contenu de leur programme et les termes de leur contrat, propose le lieu et la date de leur prestation. Le comité de programmation et le conseil d’administration ratifient successivement le résultat de ces négociations.

Au sein du conseil d’administration figure également un comité de relations publiques qui aide le coordinateur en matière de publicité, contacts avec la presse, publication des programmes, livrets et affiches, organisation (en mai) de la conférence de presse annuelle, etc.

Toutes les réunions du conseil d’administration et des deux comités précités se déroulent au Palais abbatial de Saint-Hubert.

A noter que la brochure-programme annuelle, de quelque 80 pages, tirée à environ 2500 exemplaires et disponible fin juin, renferme le programme de tous les concerts du festival. La confection de ce programme est un des travaux majeurs du coordinateur, qui reçoit en l’occurrence l’assistance des experts du Festival de Wallonie pour la rédaction des textes sur les concerts. Le coordinateur publie également dès mai un livret largement diffusé qui contient les grandes lignes du programme de l’année.

Le coordinateur, qui travaille à mi-temps, est le seul administrateur à ne pas être bénévole. Il peut compter sur l’aide d’un adjoint, également salarié. Tous deux dépendent du Service de la Diffusion et de l’Animation Culturelles de la Province et sont installés au Palais Abbatial de Saint-Hubert. Pendant la période du festival, des ouvriers de la province et des équipes de jeunes volontaires se dévouent généreusement pour assurer l’organisation matérielle des concerts.

Il me plaît de citer le nom des quatre présidents qui ont depuis sa création mené la barque du Festival :

– de 1958 à 1976 : Paul Pierret ;
– de 1977 à 1981 : le ministre honoraire Elie Deworme ;
– de 1982 à 1983 : à nouveau Paul Pierret ;
– de 1984 à 1997 : le gouverneur de la Province de Luxembourg Jacques Planchard ;
– et depuis 1998 : le gouverneur Bernard Caprasse (aidé de deux vice-présidents : Marie-Anne Rouard et Evence Coppée, remplacé en 2011 par Patrick Nothomb).

Les administrateurs délégués furent successivement les Premiers directeurs aux Affaires Culturelles de la Province : Robert Parrière (1960-1997) et Francis Tinchi (1997-2000), le premier Inspecteur général Paul-Emile Delait (2001-2003), et les députés provinciaux à la Culture Sébastien Pirlot (2003-2004), Arnold Baillieux (2004-2006) et Philippe Greisch (depuis 2007).

Les directeurs artistiques, responsables du choix des programmes, furent Edgard Maréchal et Roger Dessart (1958-1961), l’abbé Carl de Nys (1961-1983), Georges Caraël (1983-1988), Jacques Jennekens (1988-1993) et Michel Bauduin (1994-2009). Cette fonction est assurée depuis janvier 2010 par Els Celis qui est également administratrice-coordinatrice du Festival. Le trésorier du Juillet Musical est Olivier de Briey.

A souligner que le secrétaire général du Festival de Wallonie, Baudouin Muylle, fait partie du conseil d’administration du Juillet musical ; et que d’autre part des dirigeants du Juillet musical occupent des postes au sein du Festival de Wallonie : Bernard Caprasse en est vice-président ; Philippe Greisch administrateur ; Els Celis, membre du conseil artistique ; André Luzot, Pierre Schyns (qui vient de remplacer en cette année 2015, un de nos membres fondateurs, le regretté André Maillé) et Patrick Nothomb membres du conseil d’administration.

Ceci permet au Festival de Wallonie et au Juillet Musical de travailler en osmose. Et la même situation prévaut entre le Festival de Wallonie et ses six autres partenaires provinciaux.

En février 1994 fut créée l’ASBL « Les Amis du Juillet Musical » dont la mission consiste à créer des liens privilégiés avec les différents interlocuteurs sur le terrain et à promouvoir au mieux la publicité des concerts. Cette ASBL est actuellement présidée par Olivier Dervaux, ancien échevin de la culture de Saint-Hubert ; certains d’entre eux effectuent des tournées en voiture dans toute la province pour distribuer au public des livrets du Festival et « placer » les affiches dans les magasins et lieux publics.

En plus de l’aide financière du Festival de Wallonie, le Juillet Musical de Saint-Hubert peut compter sur l’assistance de nombreux alliés de poids. Son existence même et son succès sans cesse grandissant ne seraient pas possible sans le soutien financier considérable de la Province de Luxembourg qui prend notamment à sa charge le traitement du coordinateur et de son adjoint, ainsi que du personnel mis chaque année à la disposition du coordinateur pour assurer l’organisation pratique du Festival ; de plus, elle met une somme annuelle en espèces à la disposition des organisateurs. Ont également droit à notre reconnaissance la Fédération du Tourisme du Luxembourg belge, les autorités des communes accueillant des concerts du Festival et les généreux sponsors du secteur privé de notre province.

C’est grâce à ses dirigeants et à ses mécènes que notre festival, ayant atteint son 50ème anniversaire, s’est vu attribuer par Sa Majesté le Roi des Belges, le 17 octobre 2008, l’honneur de s’appeler désormais le « Royal Juillet Musical de Saint-Hubert ».

 

Patrick Nothomb